Je suis là, debout, face au grand sapin vert garni de ses lumières. Il brille de mille feux, étoiles scintillantes, cadeaux étincelants, boules chatoyantes, amalgame festif et amusant.
Le froid envahit mon corps et je suis paralysée, engourdie par le froid je n’entend plus le bruit de la rue, j’ai les mains dans mes poches, l’un d’elles tient serré mon téléphone. Je suis bien incapable d’entendre la sonnerie, mais il devrait vibrer.....
Il est presque dix-huit heures mais il fait déjà nuit, les passants vont et viennent, les bras chargés, cadeaux, victuailles, cette soirée est la veille de Noël, moment magique, ou les enfants ouvrent des yeux émerveillés, ils sourient et rêvent à la vue de l’homme en rouge bedonnant et barbu qui approche à grands pas, son panier à la main rempli de poudre croquante et féerique.
Une réflexion me revient à l’idée, et si le Père Noël ne croyait plus aux enfants ? Que serait cette fête ? Je reprends mon courage et après avoir arpenté trois fois le tour du grand sapin, je remonte l’écharpe qui protège mon nez.
Mes yeux cherchent dans tous les sens, mes jambes tremblent de froid, mes pieds gèlent dans mes chaussures, mes mains gainées de cuir ont le bout de leurs doigts glacé. Et ce téléphone qui ne réchauffe même pas mes doigts....Je l’ouvre, silencieux il compose un numéro ....quelques sonneries et c’est le répondeur. Encore une fois cette fichue sonnerie qui n’est pas assez forte !!
Je suis pourtant certaine que tu vas être là dans quelques instants, je sais que je vais enfin pouvoir t’apercevoir, mais il commence à se faire tard, et j’angoisse à l’idée que tu ne viennes pas. Tu me l’as promis une fois cent fois, droit dans les yeux, quelques heures avant Noël, juste quelques heures.......
Je regarde ma montre, dix-neuf heures, une heure que je poireaute dans ce froid, le ballet des voitures se fait plus fluide, les vitrines restent éclairées, mais les magasins ferment petit à petit leurs portes.
Je ne dois pas avoir peur, je sens battre mon cœur, il tape, fort, comme s’il voulait sortir de mon corps. Pas ce soir il ne faut pas c’est un soir de fête ou le sourire doit être, ou mes yeux verts doivent être joyeux, brillants de mille feux comme le grand sapin vert autour duquel je tourne depuis une heure.
Soudain le téléphone vibre !!! Merveille technologique ! Que s’est-il passé ? Tu n’es pas là, tu ne viens pas, il est trop tard.....
Mais non, allez s’il te plait juste quelques minutes encore, laisse moi y croire, laisse moi te voir....
Tu ne viendras pas, et moi je reste là, plantée, debout face au grand sapin vert garni de ses lumières, qui brille de mille feux, étoiles scintillantes, cadeaux étincelants, boules chatoyantes amalgame festif et démoralisant.....
Ce soir je tourne le dos à cet instant magique ou je croyais avoir le même regard que celui des enfants, ou je voulais comme eux me blottir dans les bras d’un homme de noir vêtu qui aurait réchauffé mon corps et puis mes pieds, mon cœur et mes doigts gelés. La rue n’est que silence et vide, la nuit froide me glace de chagrin, ton absence me vide de ma joie. Je file cacher mon ennui et mon désarroi, le froid pèse sur moi, j’avance vers les lumières, j’ai l’impression qu’elles s’éteignent sur mon chemin....J’ai froid aux yeux.....
Je rentre chez moi et dans cette maison vide, je fredonne :
Petit Papa Noël quand tu descendras du ciel.....ce soir tu ne viendras pas, jamais plus je ne croirai en toi......
J’éteins la lumière........
De vous à moi