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Mercredi 28 décembre 2005

Il allait, il venait, sans me prévenir de son retard, il rentrait tard.

Il allait, il venait, me passait devant le nez, sans me voir, il posait ses affaires, sa mallette au pied du bureau, son portable sur la table du salon.

Il allait, il venait, dans la chambre se déshabillait, s’arrêtait devant la télé, sans un mot, il me regardait.

Il allait, il venait, de la cuisine au salon, ouvrait la porte du frigo, sortait la bouteille d’eau.

Il allait, il venait, s’asseyait sur le canapé, il m’embrassait, dans son journal il se plongeait, de temps en temps la tête levée.

Il allait, il venait, quand je l’appelais, à table il s’installait, il mangeait il me regardait.

Il allait, il venait, dans mon lit pour se coucher, contre moi il se collait, toujours sans me parler.

Il allait, il venait en moi comme il voulait.

Il allait, il venait, de chez lui à chez moi.

Il allait, il venait, mais un jour, il s’en est allé.

publié dans : Elle s'aMuse
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Lundi 12 décembre 2005
Les mots, les mots d’amour, les mots doux, les mots tendres, susurrés au creux d’une oreille, les jeux de mots, mots pour rire, mots d’esprit, mots pour mots, mot à mot.
 
Ces pauvres mots accolés les uns aux autres sont bousculés, intervertis, rectifiés, ils sont mélangés les uns aux autres, collés, groupés, espacés, accordés. Nous les remplaçons, les combinons, à notre idée, élucubrations, délires, fantasmes. Les mots ont leur propre signification, leur définition, les écrire ne peut leur offrir leur vraie valeur que s’ils gardent leur sens réel.
 
Seul le son de la voix, peut donner la touche exacte, la précision de phrases bien ponctuées.
 
Malaise, gêne, trouble, dérangement, confusion, humiliation, insulte, brimade, vexation, tristesse, peine, joie, envoûtement, charme, émotion, séduction, fantaisie des mots, magie des mots, intelligence de l’esprit.
 
A eux seuls, ils peuvent représenter soit une comédie soit une tragédie, ils l’ont déjà prouvé.
 
Chaque mot que je prononce, chaque idée que j'émets, chaque mot que j’écris, possède plusieurs sens possibles, le mien, le votre, celui donné par mon intention, et celui procuré par votre réaction.
 
Les mots écrits, habilement pensés, étudiés, réfléchis, expriment les conséquences des silences des non-dits, des oublis, ils laissent échapper l’encre du stylo, sans rature ni correction, ils se doivent d’être justes, bien fondés, de former les phrases appropriées au sens que l’on veut leur donner, afin de capter l’attention, d’amener la réflexion, la remarque, l’objection, la discussion.
 
Les mots qui sortent de la bouche, font l’objet d’une réponse, d’une répartie, ils ont souvent l’effet d’une protestation, d’une polémique, rarement d’un accord. Quand les mots se font agressifs, ils fusent, piquent, défient jusqu’à l’insulte. Parfois même ils dépassent la pensée. Ils attaquent, mordent, déchirent, jusqu’à la rupture.

Mais ce soir je ne les trouve pas ces mots......

publié dans : Elle s'aMuse
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Mardi 6 décembre 2005

Devant la caméra leurs doigts s’agitent, il n’a pas le son, elle ne l’entend pas, alors au lieu de dire les mots, ils les écrivent.

Du tac au tac ils se notent en bleu pour lui en vert pour elle. Les banalités de début de conversation filent vite, on peut lire la sagesse et l’application sur le visage qui se distingue sur l’écran.

Il ne regarde que son clavier.

Elle regarde souvent son écran, sans doute plus habile avec ses doigts que lui !

D’un seul coup elle lit cette phrase :

« tu me plais.... »

.................................. »

Que peut-elle répondre comme bêtise ? La discussion s’anime, elle se fait tendre et coquine à la fois, ses yeux sont ses doigts, et le clavier la touche avec ses mots. Ses doigts courent sur les touches et lorsque il envoie son message, ses yeux enfin regardent vers elle.

Elle a envie qu’il la touche alors elle se fait coquine, elle penche son cou, un doigt sur ses lèvres, elle passe sa langue, elle envoie un baiser pour que de l’autre côté de l’écran ses lèvres s’ouvrent et qu’elles laissent passer un souffle de désir.

Elle tapote sur son clavier des mots simples mais efficaces, phrases courtes et directes. Elle se souvient du style « télégraphique » des phrases dynamiques qui marquent et qu’on retient.

Elle lit : « tu es coquine »

« Tu me fais un bisou dans le cou ?» ..........

.................................. »

Dialogue entre les touches et l’écran, entre l’écran et l’image qui bouge, entre elle et lui.

Pirouettes de mots, amusettes de phrases, frivolités, inconstances, mais il y a un bien être immense qui envahit leurs corps.

Ils se renvoient la balle leurs yeux sont malicieux mais leur esprit est vif.

Truculences verbales, joutes épistolaires, la vie et les tracas s’effacent.

Ils se concentrent pour ne pas que les phrases affluent, que les mots s’accrochent les uns les autres, que les lettres soient lisibles.

Ils allègent le ton, insèrent des sourires, ponctuent leurs phrases de point d’exclamation. Cela devient magique, ils sont petits enfants, heureux de se « parler » par clavier interposé. C’est l’humeur du moment.

Quelques mots les ramènent au réel.

« J’ai froid aux pieds, attends je reviens »

« Je peux les réchauffer ? »

« Oui je veux bien »  ...............

.................................. »

Elle se penche et s’approche de l’écran, elle attrape un crayon ou sa bouteille d’eau, il ne voit plus rien, ni elle ni son visage, seul son pull remplit l’écran. Puis c’est son décolleté qui se montre, pudique, elle ne le fait pas exprès. Le son de son message lui fait baisser les yeux.

« Tu es un amour »................

.................................. »

Ils jonglent avec l’imaginaire, la vie devient un film, mais il faut séparer fiction - réalité. Ils se cachent des choses qu’ils aimeraient bien voir. Ils écrivent moins souvent ce qu’ils voudraient entendre.

Elle scrute son écran, il ne tient pas en place, il se balance sur sa chaise, passe sa main dans ses cheveux, il sourit.......elle aime son sourire, elle ne voit pas ses yeux, et dit :

« Regarde moi »............

................................ »

Mais le temps passe, c’est l’heure, il doit partir, elle aussi doit travailler, les doigts s’affolent sur les touches, ils savent que le temps est compté, les lettres s’emmêlent, peu importe les fautes d’orthographe.

Elle coupe, il coupe, ils reviendront c’est sur, ils se contacteront, pour de nouveaux délires, de nouvelles passions.

Patience...... un jour peut-être le virtuel cèdera la place au réel.

publié dans : Elle s'aMuse
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